La France tangue. Et nous, que faisons-nous ?

Je n’aime pas écrire des articles « à chaud », sur l’actualité. Parce que si ce n’est que pour produire un énième commentaire des derniers articles de presse sur le sujet, il y a la machine à café, ou Facebook… Et que la plus-value de l’écrit se mesure au recul que l’on peut y mettre.

Mais là je ne tiens plus. Bien entendu d’emblée, en ce mercredi noir, tout le monde a identifié les gouffres évidents qui s’ouvraient devant nous : crispation et division profonde de la société française, explosion de la haine et du racisme… Mais mercredi soir, nous étions des dizaines de milliers à nous être rendus place de la République, une centaine de milliers partout en France. Spontanément. Pour partager un sentiment commun. Un petit salopard d’extrême-droite a bien tenté de déchirer le Coran du haut du piédestal de la statue de Marianne, mais il a vite été unanimement éjecté de là. Tout cela faisait chaud au cœur, et nous redonnait un peu d’espoir, collectivement, de sortir de ce drame par le haut. Il ne restait pas grand chose d’autre à en dire, si ce n’est verbaliser un sentiment de sidération nationale et rester suspendu aux évènements.

Et puis la récupération politicienne de bas étage a commencé. Du Front National elle était attendue bien entendu. Seule, isolée, elle ne serait restée qu’une gesticulation guignolesque de plus. Mais ces espoirs ont été douchés par la transformation foudroyante de cette formidable mobilisation citoyenne en commémoration gouvernementale patentée, dont le principal enjeu n’est plus devenu l’expression d’une profonde et massive solidarité populaire, mais la liste des cartons d’invitation. Continuer la lecture de La France tangue. Et nous, que faisons-nous ? 

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Les shadocks font de la politique : PLF-PLFSS

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J’ai testé pour vous : un cancer, combien ça coûte ?

Ah ! la Sécurité sociale… Glorieux acquis de la France libérée par elle-même, comme dirait le grand Charles. Le meilleur système de couverture santé au Monde : cocorico ! Je ne sais pas si vous avez vu le décapant documentaire Sicko de Michaël Moore, dézinguant les assurances santé privées américaines, mais quelle publicité pour nous Frenchies ! Un pays merveilleux, où aller voir n’importe quel médecin est gratuit, où les gens tendent leur carte vitale au lieu d’une carte bleue, et vous regardent éberlués quand vous leur demandez le prix de la consultation… Un vrai petit morceau de socialisme dans un monde libéral sans foi ni loi. De quoi donner une bonne frayeur à l’électeur républicain moyen, mais aussi assurer un contraste sans pareil avec le far-West qui règne outre-Atlantique.

Déjà lors de sa sortie en 2007, ce film faisait un peu rire jaune, ici. Certes, on pouvait mesurer la valeur de la distance séparant encore nos mécanismes de solidarité de l’individualisme américain forcené. Mais on pouvait aussi déjà sentir le glissement entre l’idéal porté par la France résistante, et ce qu’il en restait. Depuis, la « droite décomplexée » de Nicolas Sarkozy est passée par là, au bulldozer ; et la gauche complexée de François Hollande aussi, mais on se demande encore pour quoi faire. Aujourd’hui, tout le monde sait qu’une simple consultation chez le généraliste n’est jamais gratuite, au mieux (secteur 1, tiers payant sécu) c’est 6,90€ de ta poche, remboursé en partie1 par ta mutuelle si tu en as une.

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  1. En partie seulement parce qu’elles ont obligation de te faire cracher 1€ à chaque fois que tu vas chez le médecin : c’est une taxe sur la maladie, pour « responsabiliser » un peu les feignants qui tombent malades et ne veulent pas se soigner tous seuls, baptisée « franchise médicale » (oui oui, une franchise, comme quand tu plantes ta voiture dans un ravin) que nous devons à nos amis de l’UMP.
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Des mannequins ont donc défilés enveloppées dans des hijabs cousus mains par des stylistes japonaise associant modernité, et traditions du pays du soleil levant.
Ces voiles revisités furent cousus avec un touche de très haute couture.
Attirant tous les regards des spectateurs ébahit sous ce défilé « voilé ».
« Le hijab et les valeurs essentielles qui lui sont associées ne sont pas réellement incompatibles avec la mode », a expliqué l’une de ces créatrices en vogue, Windri Widiesta Dhari.

Ce que cache le voile (2) – de la difficulté de poser le débat sans stigmatiser

Cet article est un article documenté et argumenté, si vous souhaitez me répondre, merci d'en faire de même. Si vous avez envie de répondre ou de réagir, écrivez nous un article, l'équipe du blog Débattre à Gauche se fera un plaisir de publier votre réponse. 

Personnellement, je suis née en 1989, j’ai grandi avec le débat autour du voile. Élève dans une ZUS (zone urbaine sensible) de province, j’ai vu les mères de mes petits camarades porter le voile, j’ai été à la fac avec des jeunes filles voilée d’un hidjab ou d’un tchador. Habitant dans le 93, j’habite à côté de femmes portant le hidjab ou le tchador, je les croise au marché, devant les écoles, au supermarché et à la poste.

Ces derniers mois, mes voisines, mes amies, mes anciennes camarades de fac sont devenues, au choix, des femmes opprimées qu’il faut délivrer ou de dangereuses missionnaires de leur religion.

La question du port du voile dans les services publics, à l’école ou dans les lieux publics ne cesse de faire polémique. On déplorera surtout que cette question ne fasse pas débat, j’entends par là qu’il est devenu difficile, voir impossible, d’avoir un débat apaisé, raisonné. On nous brandit l’ « insécurité culturelle », la Laïcité, l’oppression et le Féminisme sous le nez, à grand coups de phrases taillées à la hache censées dissuader quiconque pourrait encore avoir un regard bienveillant sur ce bout de tissu.

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Les petites soeurs des pauvres, Rennes

Ce que cache le voile (1) – Le voile symbole d’une culture musulmane ?

Les nombreuses polémique de cet été autour du port du voile m’ont profondément choquée. D’habitude, je me contente de pincer les lèvres, de me boucher le nez, de faire silence et d’attendre que la conversation change de sujet. Pourtant, la dernière sortie de Madame Morano et l’acquiescement d’Harlem Désir me poussent à écrire.

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Races, sciences et politique (2)

Le racisme, entre différentialisme et universalisme

On peut tenter beaucoup d’analyses à propos de ce passage d’une réponse politique relative à la pertinence de l’usage des races, à une réponse scientifique relative à l’existence de ces races. Mais une piste parmi d’autres, que je suggère, passe par l’influence de l’historiographie classique du racisme. Représentée principalement par l’historien Pierre-André Taguieff, celle-ci refuse d’interroger le concept de race en lui-même, pour ne se pencher que sur l’histoire d’un racisme défini comme essentiellement différentialiste : l’Autre m’est irréductiblement différent (que cette différence soit de type inégalitaire ou simplement « séparationniste »). Toute tentative de combler cette différence, d’établir une compréhension sur la base d’éléments partagés, est vouée à l’échec et relève du simulacre. En adoptant cette délimitation du racisme, ainsi rendu complètement autonome du concept de race, cette histoire passe totalement à côté d’un usage (qui ne fut certes pas celui d’Hitler) indéniablement universaliste de la race. Un usage précisément remis au goût du jour par le racisme « républicain » d’un Front national-nouvelle façade, promu à grand renfort de laïcité, d’État social et de rejet des inégalités, n’empêchant pas Marine Le Pen de continuer à attiser dans un même temps la peur du musulman, de l’étranger, du délinquant (tous trois confondus, bien entendu). Continuer la lecture de Races, sciences et politique (2) 

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Créer un service public de la petite enfance : un choix de société.

La petite enfance et la question des politiques familiales en générale, sont des sujets peu valorisés au sein de la gauche. Un peu comme si avant l’entrée en primaire, l’enfant n’était pas encore tout à fait entré dans la société.

On peut se féliciter des récentes avancées sur le congé parentale, tendant à le rendre plus attractif pour les pères. Mais, même en Suède, ou la lois est bien plus avancée que la notre en la matière, seul 6% des pères prennent leur congé parental. Continuer la lecture de Créer un service public de la petite enfance : un choix de société. 

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Classes laborieuses : classes dangereuses ?

Nous sommes en pleine campagne électorale, dans toutes les villes l’insécurité est un sujet central, sur toutes les télés, sur les ondes radios, dans nos journaux et nos magazines. On nous abreuve de chiffres, de statistiques, de données. La droite et la gauche (ou du moins une grande partie de la gauche) sont d’accord sur le fait que l’insécurité est un problème qu’il faut résoudre. Un peu comme s’il s’agissait de faire un gâteau ou une réaction chimique, tout le monde est d’accord sur les ingrédients, le seul débat que nous nous accordons c’est un débat sur les quantités.

Personnellement, j’ai toujours du mal avec les sujets qui font l’unanimité. En politique il ne peut pas y avoir de dogme, il ne peut y avoir que du débat. Or sur ce sujet, force est de constater que le débat est difficile. Je vous propose donc de reposer des dates, des faits sur l’insécurité, pour poser un vrai débat politique. Continuer la lecture de Classes laborieuses : classes dangereuses ? 

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Races, sciences et politique (1)

Tous les jours, depuis quelques années, nous constatons un recul intellectuel inquiétant de l’antiracisme dans la sphère publique. « Normalisation » du Front national, ligne du « ni-ni » à l’UMP mettant le parti xénophobe à distance égale du PS, débat sur l’« identité nationale », soutiens politiques à des agressions racistes (comme Samia Ghali ou Régis Cauche)… La digue, difficilement mise en place au cours des années 90, séparant le camp républicain de l’extrême-droite, ne cesse de se brouiller. De provocations d’Eric Zemmour en unes du Point, il devient de plus en plus difficile, et rare !, d’apporter un soutien à nos (euro)concitoyens Roms et musulmans, qui fixent aujourd’hui l’essentiel d’une haine qui se concentrait à d’autres époques sur les juifs, Gitans, Italiens, Espagnols, ou Portugais. Mais en dehors de l’aspect militant, cette question m’a particulièrement intéressé en tant qu’étudiant en histoire et philosophie des sciences, puisqu’elle se situe de façon exemplaire à la charnière entre monde scientifique et questions politiques. Nous sommes, devant l’hypothèse raciste, face à un cas de concept forgé par des savants (à partir du XVIIIe siècle), repris largement par le monde politique (à partir du milieu du XIXe siècle), banni de ce même monde politique en Europe après le traumatisme de la Seconde guerre mondiale, et enfin rejeté par la majorité des scientifiques à la suite de ce bannissement politique. Continuer la lecture de Races, sciences et politique (1) 

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Renoncer à la loi Famille, encore ….

Le gouvernement à annoncé (à nouveau) un report de la loi Famille. En janvier 2013, déjà, le gouvernement annonçait que la dite loi serait reportée en attendant un avis du Conseil d’éthique. Certains crient déjà à la reculade, d’autres saluent une mesure de bon sens. Mais personne ne s’intéresse vraiment à ce qu’il y avait dans la loi Famille. Et là, surprise, pas de PMA, pas de GPA.
droit-famille
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